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La nouvelle des Fantômes de Gaunt "In Memoriam" est maintenant disponible en version numérique. Et pour les hommes de Tanith, la victoire à parfois un goût amer...
Voici un extrait de ce à quoi vous attendre :
La suspension du véhicule avait manifestement souffert des combats. Nous descendîmes une rue, puis une autre, secoués jusqu’aux os. J’étais installé dans la cabine, serré entre Corbec et le sergent. Au bout de quelques minutes, ce dernier huma l’air.
— Drôle d’odeur, dit-il. Douce, parfumée.
— Ouais, dit Corbec en reniflant à son tour.
Pour ma part, je ne sentais rien d’autre que les effluves âcres des corps non lavés, de la sueur rance et de la fumée.
— Vous avez pris un bain, aujourd’hui ? me demanda-t-il.
— Oui, fis-je, outré.
— Ça doit être ça, alors, conclut Corbec.
— Veinard, ajouta Varl.
Nous rejoignîmes une artère principale et dûmes ralentir pour contourner des épaves de véhicules calcinés et des monceaux de décombres, là où la façade des bâtiments bombardés s’était effondrée sur l’asphalte. Devant nous, des autochtones faisaient la queue devant un poste de secours installé dans les vestiges d’une chaîne d’assemblage, qui distribuait de la nourriture et des fournitures médicales basiques. L’artère faisait près d’un kilomètre de long, et la file la parcourait d’un bout à l’autre.
Corbec regarda les pauvres hères à travers la vitre sale du camion alors que nous les longions. Les sans-abri, les endeuillés, les affamés, les malades. Des gens efflanqués au visage hâve et aux espoirs en lambeaux. Regards vides et creux. Leur peau était uniformément blanche, leurs vêtements gris de cendre et noirs de crasse. Le monde était devenu monochrome. Corbec paraissait fasciné.
— Qu’y a-t-il ? demandai-je.
— On dirait… on dirait les vieilles photos de mes grands-parents et de ma famille, répondit-il avec une sincérité désarmante, d’une voix lourde de tristesse. Nous avions cette grosse poutre de bois de nal au-dessus de la cheminée de la cuisine, chez nous, à County Pryze. Ma m’man y mettait ses photos, dans de petits cadres. Des oncles, des tantes, des cousins éloignés, des mariages, des baptêmes. J’avais toujours pensé que ces gens avaient l’air guindés et bizarres ; sans âme, vous voyez ? Des visages noir et blanc, comme ceux-là.
Ses paroles étaient tristes, et me surprenaient de la part d’un guerrier aussi fruste. Lady Chass m’avait demandé de capturer l’esprit des Tanith et là, sans m’y attendre et sans avoir à chercher, j’en avais eu un aperçu.
— Parfois, ajouta Corbec en s’éclaircissant la gorge, et c’est le cas en ce moment, je me dis que j’aurais dû fourrer quelques-unes de ces photos dans ma besace le jour où je suis parti aux Champs de la Fondation. Je les chérirais, même si c’étaient des parents que j’avais à peine rencontrés, ou même jamais. Des gens sur la vie desquels je ne savais rien. Mais maintenant, si seulement je les avais encore, ça ferait comme une ligne de vie qui me rattacherait à Tanith.
— Où est Tanith ? fis-je l’erreur de demander.
— Nulle part, monsieur l’artiste, fit Corbec, soudainement tiré de sa mélancolie. Partie et envolée ; on est tout ce qu’il en reste. C’est ce qui fait de nous des fantômes, vous comprenez?
La longue file de visages misérables continuait de défiler derrière les vitres du camion.
— Juste pour être sûr… on a gagné, là, chef ? demanda le sergent Varl avec dédain.
Varl conduisait, une barrette de lho de contrebande mollement fichée entre les lèvres. La fumée entêtante emplissait la cabine et me piquait les yeux, mais Corbec n’avait pas l’air de s’offusquer de cette infraction au règlement.
— Ouais, on a gagné. Contemplez, et émerveillez-vous. Voilà à quoi ressemble la victoire.
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